Au pied des murailles austères de la cité corsaire de Saint-Malo se niche une étendue de sable fin qui défie le temps. La plage de Bon-Secours, bien plus qu’une simple destination balnéaire, est un livre d’histoire à ciel ouvert. Protégée par les imposants remparts conçus par l’ingénieur du roi Vauban, elle offre un panorama saisissant sur la Manche et ses îlots mystérieux. Chaque vague qui vient s’y échouer semble murmurer les secrets d’un passé tumultueux, oscillant entre récits de corsaires, drames humains et joies estivales contemporaines.
Table des matières
Découverte de la plage de Bon-Secours
Un cadre spectaculaire
Dès le premier regard, la plage de Bon-Secours impressionne par son décor unique. Enserrée entre la porte Saint-Pierre et le bastion de la Hollande, elle s’étend comme un amphithéâtre naturel face à la mer. Le sable, d’une finesse remarquable, invite à la détente, tandis que les rochers qui parsèment l’estran créent de petites criques intimes à marée basse. La vue est tout simplement exceptionnelle, balayant un horizon où se découpent les silhouettes du Petit-Bé et du Grand-Bé, ce dernier abritant la dernière demeure de l’écrivain François-René de Chateaubriand.
Une atmosphère unique au fil des marées
L’ambiance de Bon-Secours change radicalement au rythme des marées, parmi les plus fortes d’Europe. À marée haute, la mer vient lécher le pied des remparts, offrant un spectacle puissant et réduisant l’espace de la plage. À marée basse, elle se retire sur des centaines de mètres, dévoilant un immense terrain de jeu et un passage éphémère vers les îles. Cette dualité confère au lieu un charme puissant, où l’on peut passer en quelques heures d’une baignade vivifiante à une exploration quasi lunaire des fonds marins découverts. C’est ce contraste qui fait de Bon-Secours une expérience inoubliable pour tout visiteur.
Ce décor naturel grandiose est indissociable des fortifications qui le surplombent, témoins silencieux d’une histoire militaire et stratégique majeure pour la ville de Saint-Malo.
Histoire des remparts de Saint-Malo
L’œuvre de Vauban et Garangeau
Les remparts qui ceignent la vieille ville, et par extension la plage de Bon-Secours, sont un chef-d’œuvre d’architecture militaire. Bien que leur origine soit plus ancienne, c’est au XVIIe siècle que leur modernisation est confiée à l’illustre Sébastien Le Prestre de Vauban, architecte militaire de Louis XIV. C’est son ingénieur, Siméon de Garangeau, qui mettra en œuvre les plans pour donner aux remparts leur visage actuel. S’étendant sur 1754 mètres, cette muraille de granit avait pour vocation de rendre la cité corsaire imprenable face aux assauts, notamment ceux de la flotte anglaise.
Des fortifications stratégiques
Chaque élément des remparts a été pensé pour la défense. Les bastions, comme le bastion de la Hollande qui domine la plage, permettaient des tirs croisés pour protéger les courtines. La Grand’Porte, l’une des entrées principales de la ville fortifiée, fut renforcée dès 1552, bien avant l’intervention de Vauban, témoignant de l’importance stratégique constante de Saint-Malo. Se promener aujourd’hui sur le chemin de ronde offre non seulement des vues imprenables mais aussi une leçon d’histoire sur l’art de la fortification à l’époque classique.
| Date | Événement marquant | Acteur principal |
|---|---|---|
| XIIe siècle | Premières fortifications de la ville | Évêques de Saint-Malo |
| 1552 | Renforcement de la Grand’Porte | Autorités locales |
| Fin XVIIe siècle | Modernisation et extension des remparts | Vauban et Garangeau |
| Aujourd’hui | Promenade historique et touristique | Patrimoine classé |
Connaître l’histoire de ces murailles protectrices enrichit l’expérience, mais encore faut-il savoir comment accéder au trésor qu’elles abritent à leurs pieds.
Accès et localisation de la plage
Se rendre à Bon-Secours depuis la vieille ville
L’accès à la plage de Bon-Secours est d’une simplicité déconcertante pour qui se trouve déjà intra-muros, c’est-à-dire à l’intérieur des remparts. Plusieurs escaliers en pierre descendent directement depuis le chemin de ronde vers le sable. L’entrée la plus connue et la plus directe se situe au niveau de la porte Saint-Pierre, à l’ouest de la cité. Il suffit de franchir cette porte pour se retrouver immédiatement face à la mer. Pour les personnes à mobilité réduite, une rampe d’accès facilite également la descente, faisant de Bon-Secours une plage relativement accessible.
Parking et transports
Si vous venez de l’extérieur de la vieille ville, plusieurs options s’offrent à vous. Le stationnement aux abords immédiats des remparts peut être complexe, surtout en haute saison. Il est souvent conseillé d’utiliser les parkings relais situés à l’entrée de Saint-Malo et de rejoindre le centre historique via les navettes. Une fois intra-muros, la plage n’est plus qu’à quelques minutes de marche. Cette organisation permet de préserver le caractère historique du site tout en le rendant accessible au plus grand nombre.
- Accès piéton : Porte Saint-Pierre, escaliers divers depuis le tour des remparts.
- Voiture : Parkings souterrains près des remparts (payants) ou parkings relais à l’extérieur.
- Bus : Le réseau de bus de la ville dessert efficacement les abords de la cité fortifiée.
Une fois sur place, la plage et ses environs immédiats regorgent de possibilités pour occuper sa journée, mêlant détente, sport et culture.
Activités et attractions à proximité
Baignade et loisirs nautiques
La plage de Bon-Secours est avant tout un lieu de baignade prisé. Pour pallier les contraintes de la marée basse, une ingénieuse piscine d’eau de mer a été construite directement sur la plage. Inaugurée en 1937 grâce à René Lesaunier, elle se remplit naturellement à chaque marée haute et permet de nager en toute sécurité quelle que soit l’heure. Un plongeoir ajoute une touche ludique à l’ensemble. Pour les amateurs de voile, une école propose des stages et des locations de catamarans, kayaks de mer ou planches à voile, offrant une autre perspective sur la baie.
Exploration des îlots à marée basse
Le véritable spectacle se produit lorsque la mer se retire. Un chemin de sable et de rochers, la chaussée du Sillon, se dévoile et permet de rejoindre à pied l’îlot du Grand-Bé. C’est une promenade emblématique de Saint-Malo. Sur cet îlot se trouve la tombe de Chateaubriand, qui souhaitait reposer là, face à la mer et à la tempête, pour l’éternité. Il est crucial de bien vérifier les horaires des marées avant de s’y aventurer pour ne pas se retrouver piégé par la montée des eaux.
Détente et convivialité
Au-delà des activités purement maritimes, Bon-Secours est un lieu de vie. Des terrasses de café et de restaurants bordent le haut de la plage, comme le fameux bar « Au bain des Dames », offrant un endroit parfait pour siroter un verre ou déguster une glace face au coucher du soleil. En été, des concerts et animations viennent régulièrement rythmer les soirées, créant une atmosphère festive et familiale. C’est un lieu où l’on vient autant pour l’action que pour le simple plaisir de ne rien faire.
Mais derrière cette façade de loisirs et de carte postale se cache une histoire bien plus sombre, un secret que les remparts ont longtemps gardé.
Les secrets bien gardés de Bon-Secours
La sinistre « grève des Hauts-Sablons »
Avant de devenir le lieu de villégiature que l’on connaît, la plage de Bon-Secours portait un nom bien moins engageant : la « grève des Hauts-Sablons ». Jusqu’au XVIIe siècle, cet endroit avait une réputation funeste. Loin des rires des enfants et des vacanciers, la grève servait de lieu d’exécution pour les condamnés à mort. C’était également ici, comme le rapporte l’historien Gilles Foucqueron, que l’on enterrait les suppliciés et ceux qui avaient refusé les derniers sacrements, les privant d’une sépulture en terre consacrée.
Une fosse septique à ciel ouvert
L’histoire sombre de la plage ne s’arrête pas là. Au milieu du XIXe siècle, en 1851, la grève était encore utilisée comme une sorte de fosse septique à ciel ouvert pour une partie de la ville. Les écrits de l’époque décrivent un lieu insalubre, aux odeurs pestilentielles, bien loin de l’image de pureté qu’elle renvoie aujourd’hui. Il a fallu attendre la fin du XIXe siècle et l’avènement du tourisme balnéaire pour que la plage soit nettoyée, aménagée et rebaptisée « Bon-Secours », un nom qui sonne comme une rédemption.
Cette transformation radicale, du cimetière au paradis des baigneurs, est un témoignage fascinant de l’évolution de la société et de son rapport à l’espace public. Pour profiter pleinement de ce lieu chargé d’histoire, quelques informations pratiques sont essentielles.
Conseils pratiques pour une visite réussie
Consulter impérativement les horaires des marées
C’est le conseil numéro un pour quiconque visite Saint-Malo, et plus particulièrement Bon-Secours. Les marées déterminent tout : l’heure de la baignade, la possibilité de se promener sur le sable ou d’accéder aux îlots. Des tableaux des marées sont disponibles à l’office de tourisme, dans la plupart des commerces et en ligne. Ignorer cette information peut non seulement gâcher votre visite, mais aussi s’avérer dangereux, notamment lors de la traversée vers le Grand-Bé.
Équipements et services sur place
La plage de Bon-Secours est bien équipée pour accueillir les visiteurs. En saison estivale, elle est surveillée par des maîtres-nageurs sauveteurs. Des douches et des toilettes publiques sont également à disposition. Pour les familles, des aires de jeux pour enfants sont installées sur le sable. Pensez à prévoir :
- De la crème solaire, même par temps couvert, la réverbération est forte.
- Des chaussures adaptées si vous prévoyez d’explorer les rochers ou de marcher jusqu’au Grand-Bé.
- Un sac pour vos déchets afin de laisser ce lieu magnifique aussi propre que vous l’avez trouvé.
Choisir la meilleure période pour sa visite
La plage est évidemment très fréquentée en juillet et août. Pour une expérience plus tranquille, privilégiez les mois de juin ou septembre, où le temps est souvent clément et la foule moins dense. Une visite au lever ou au coucher du soleil offre une lumière spectaculaire sur les remparts et la baie, créant des souvenirs impérissables. L’hiver a aussi son charme, avec des vagues puissantes qui viennent se fracasser contre les murs de la piscine, un spectacle brut et saisissant.
En somme, la plage de Bon-Secours est une destination aux multiples facettes. Elle est à la fois un témoin de l’ingéniosité militaire de Vauban, un lieu de mémoire au passé sombre et une station balnéaire moderne et vivante. Alliant patrimoine historique, beauté naturelle et activités de loisirs, elle constitue une étape incontournable pour comprendre l’âme de Saint-Malo, cette cité corsaire fièrement tournée vers le large, protégée par ses remparts de granit.


